Témoignages de naissances

Naissance de Gabriel

Naissance libre de Gabriel le lundi 3 novembre 2014 à Marçon (72)

 

Il faut que je commence par le commencement…

Nos 2 aînés, Raphaël et Paul sont nés chez nous, c’était une évidence après la découverte de Maria Montessori, qui a, notamment, mené au maternage et à l’éducation non-violente.

Jean-Baptiste et moi habitions alors l’Italie, et les « vraies » maisons de naissance, dirigées par un groupe de sages-femmes, et non rattachées à un hôpital sont plus communes qu’en France.

A Milan, où nous habitions au moment de ma première grossesse, il y en avait même 2.

Nous en avons choisi une, rencontré les sages-femmes, et complètement accroché. Douces, respectueuses, sachant nous informer de manière complète, elles sont devenues de vraies sœurs. Eleonora et Illaria ont suivi toute la grossesse, et elles étaient là toutes les 2 pour la naissance de Raphaël.

Elles ont accepté de me suivre également pour Paul et de venir pour sa naissance, alors que nous avions déménagé à Gênes entre temps, à environ 2h de route de Milan.

Ces 2 naissances ont été très différentes et merveilleuses.

 

Et puis nous avons quitté l’Italie pour rentrer en France. Nous nous sommes installés dans un petit village de la Sarthe, où nous allions en vacances enfants, Jean-Baptiste et moi.

Ici, c’est la pénurie de sages-femmes qui accompagnent à domicile. Pas une.

 

Alors qu’on songeait à un troisième enfant, on a commencé à évaluer nos options pour la naissance.

J’ai découvert la naissance libre (non assistée médicalement), partagé avec des femmes qui l’avaient vécu, lu, posé des questions, et j’étais convaincue.

Petit à petit, ce choix par défaut est devenu un véritable choix, conscient et serein : quand un petit enfant viendra s’installer en moi, si la grossesse se passe bien, il naîtra chez nous, entouré de son papa et de ses frères.

 

Vendredi 31 Octobre :

Le terme est dans 16 jours. La piscine que nous avons loué à une amie doula est gonflée. C’est tout ce que j’ai préparé… Les habits sont propres mais dans des cartons dans le dressing, pas d’alèse sur le lit, pas de valise pour un éventuel transfert…

Je sais qu’il peut naître bien avant mais aussi bien après le terme… Nous avions attendu Paul, pendant  8 jours qui m’avaient paru des semaines, alors cette fois ci, nous avions décidé, dès le début de la grossesse, de penser à une période d’accouchement (et non une date) et de ne rien attendre, de vivre chaque jour comme il vient. De toute façon à un moment, quel qu’il soit, il sera dans nos bras.

 

Vendredi, donc, nous apprenons la naissance de Damien, 4ème enfant de nos amis Céline et Nicolas. Je suis évidemment très émue, tout d'abord parce que ce sont des amis (et voisins) avec qui nous partageons énormément, ensuite parce qu'il est né chez lui, et que c'est la première fois qu'un couple de notre entourage proche vit cette magnifique expérience!

 

Samedi matin, il fait beau, et nous partons en vélo (Jean-Baptiste) et en bi-porteur (les enfants et moi) pour Château du Loir (10km de là). J'annonce à Jean-Baptiste que ce sera probablement la dernière ballade en vélo avant la naissance car ça tire dans tous les sens, et je ne me sens plus confortable dessus.

Dans l'après midi, nous allons rendre visite à Céline, Nicolas, et leurs désormais 4 enfants. Je suis très émue, de découvrir ce tout petit, étant si près de rencontrer le mien. Ses parents partagent avec nous ce moment si intime et merveilleux qu'ils ont vécu. Je sens mon petit en moi, et me rends vraiment compte que le moment est tout proche pour nous.

Nous rentrons joyeux et émus avec Jean-Baptiste.

 

J'ai depuis 2 jours une nausée légère mais quasi permanente qui me gêne, et un rhume qui empire. La nuit est terrible, je ne dors pas de minuit à 2:30 tellement j'ai mal à la gorge et du mal à respirer.

 

Dimanche 2 novembre

Jean-Baptiste descend discrètement avec les enfants le matin et je dors jusqu'à 10:20, puis je me glisse dans un bain.

Je les retrouve et prends un petit déjeuner devant le feu dans le salon.

Je me sens encore fatiguée, et j'ai des contractions qui me semblent plus fréquentes, que d’habitude, même si elles ne sont pas douloureuses. Vers 14:30 je me rendors quelques instants sur le canapé, mais les enfants rentrent et me réveillent. Je monte alors dans la chambre, mais impossible de me rendormir, j'ai mal au cœur et puis je me rends compte que j'ai aussi faim. Je redescends me préparer une assiette, et une tisane de sauge/framboisier. On la boit tous ensemble dans le salon.

 

Mes beaux-parents sont là pour le week-end (Ils ont une maison de vacances à 5 min de chez nous). Anne (ma belle-mère) passe à la maison vers 16:00. Elle m’apporte le fil qu’il me manquait pour pouvoir finir le Bei Jia Bei de cet enfant à venir. J’ai prévu de faire ça demain.
Elle joue avec les enfants et nous avons ainsi un petit moment tranquille, Jean-Baptiste et moi. Nous en profitons pour discuter une nouvelle fois des prénoms possibles... Finalement Anne emmène les enfants chez elle car ils veulent jouer là-bas et voir leur Bon Papa et leurs oncles, Thomas et Mathieu, qui sont là.

Nous discutons encore tranquillement avec Jean-Baptiste, je lui dis que j'ai toujours pas mal de contractions, avec de très légères douleurs de règles, mais que je ne veux pas nous faire de fausse joie.

Thomas passe nous rendre visite en fin d’après-midi, nous discutons tous les 3, puis Jean-Marie et Mathieu déposent les enfants et ils repartent tous pour Paris.

 

Nous dînons tous les 4, Paul s'endort en tétant sur le canapé tellement il est fatigué. Je monte le coucher, et Jean-Baptiste couche Raphaël pendant que je prends un petit bain espérant calmer ce que je m’obstine à voir comme un pré-travail. Jean-Baptiste se met dans le lit et je le rejoins après avoir fait un Thermos de tisane sauge/framboisier et avoir monté les bougies que je n'avais pas préparé pour le jour J. Je crois que je commence à y croire un peu, au fond de moi...

Quand je me couche, Jean-baptiste me demande où sont les alèses etc. Je souris.

Il s'endort, mais moi je n'y arrive pas, je sens que les contractions deviennent très régulières et sont rapprochées alors je les enregistre sur l'apli. Je ne me trompais pas... Toutes les 5 min!

 

Lundi 3 novembre, 00:00

Je me fais couler un bain à nouveau en me disant si c'est une fausse alerte, ça calmera le jeu, je suis bien dans le bain, je parle à notre enfant, je lui dis que s’il vient nous voir aujourd’hui, on est prêts. Les contractions ne s'espacent pas. Je sors 3/4h après j'ose alors y croire: je réveille Jean-Baptiste pour lui dire que c'est bien bébé qui vient nous voir. Je lui demande d'aller chercher le ballon en bas et d'installer la piscine dans la chambre mais d'attendre pour la remplir.

J’allume les bougies sur la cheminée et m'installe sur le ballon avec une serviette  pour absorber au cas où je perdrais les eaux dessus.

Je mange du raisin et des bananes que Jean-Baptiste a monté, bois de la tisane avec du miel et du citron pour ma gorge, tout en discutant avec Jean-Baptiste qui installe les bâches, la piscine et quelques serviettes par terre.

Je commence a faire quelques "Ooooooo" graves pour accompagner les contractions que "j'appelle" intérieurement. Dans ces moments, je visualise mon col qui s’ouvre et ce petit enfant qui descend.

 

Vers 1:30 je demande à Jean-Baptiste de remplir la piscine, j’ai très envie d’être dans l’eau même si les contractions ne sont pas encore très intenses.

L’eau est brûlante et je me sens vraiment bien. Je me dis que le temps que le travail avance, elle aura le temps d’être à la bonne température pour bébé.

Les enfants dorment juste là, sur le grand matelas à quelques pas de moi. Ils sont calmes et mes « Ooooo » n’ont pas l’air de les déranger. 

 

Je me sens bien dans le calme de la nuit. Jean-Baptiste m’embrasse tendrement entre les contractions, et ça me touche tout au fond de moi. Ses baisers me font me sentir si belle, et si forte.

 

Et puis il s’installe sur le ballon, écrit un peu, il est là. J’aime sa présence si discrète, si respectueuse.

 

Je n’ai, depuis longtemps, plus aucune notion du temps qui passe.

Les contractions se font plus intenses, je bois, mange un peu de raisin, sors de l’eau pour aller aux toilettes où je suis bien alors j’y reste le temps de quelques contractions, puis je vais sur le ballon quelques instants, pour finalement retourner dans l’eau où je me sens mieux.

 

Le temps passe, la nuit est magique. Je suis totalement dans ma bulle, totalement dans le présent.

Je dors entre les contractions, et je vis cette naissance, chaque instant comme il vient.

Je regarde Jean-Baptiste qui est allongé sur le lit, qui est si paisible.

 

Et tout à coup, j’en ai assez, je trouve le temps long, je me demande si la naissance est proche ou si nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.

Jean-Baptiste m’encourage entre 2 contractions, discrètement, avec quelques mots, me rappelle toutes ces femmes qui ont accouché déjà, toutes celles qui accouchent avec moi. Je ne réponds pas, mais je l’entends bien, et ça m’aide. Et je me sens forte, prête à continuer le chemin, même s’il est encore long.

Et puis je parle intérieurement à cet enfant qui vient, je l’appelle.

 

5:00

Les contractions ne sont plus les mêmes. Mon corps se met à pousser, tout doucement au départ. Je préviens Jean-Baptiste qui était étendu sur le lit et qui m’écoutait attentivement. Il avait entendu le changement de sons et de respiration et compris que le bébé allait naître.

Je souffle en même temps que mon corps pousse, je retiens sa tête avec ma main pour aller doucement. Ca y’est, il arrive.

Impossible de le retenir, sa tête sort. Je souris, je ris ! Je caresse ses cheveux, je sens ses oreilles qui me semblent minuscules. Et nous attendons en souriant qu’il se tourne et que la prochaine contraction le fasse naître. Une dernière poussée et je le mets contre moi, ce tout petit garçon. Il est 5:10.

Je me sens femme, fière, forte. Il est né, c’était si naturel, si simple et si intense!

 

Nous sommes ébahis, amoureux. Il entrouvre ses yeux, nous regarde mais ne dit mot. Je le caresse, Jean-Baptiste le couvre d’une serviette.

Enfin !

Il ne fait aucun bruit, il dort contre moi… Je me demande s’il respire, mais ne suis pas du tout inquiète le cordon bat toujours, il a le temps. Et puis il est bien rose. Nous sommes simplement déroutés de le voir si calme. Finalement, en me penchant tout près de son visage, je vois bien ses narines qui bougent. Si, si, il vient de naître et il dort !

Nous restons dans l’eau une demi-heure, peut-être plus, et puis je sors de l’eau, nous nous séchons. Il dort encore.

Je m’installe avec lui sur le lit.

Je coupe le cordon pour pouvoir m’accroupir pour expulser le placenta, mais il me faut patienter encore un peu.

 

6:00

Les enfants se réveillent et découvrent leur petit frère. Raphaël est tout étonné qu’il soit déjà là !

Bébé tète et finalement le placenta sort. On se recouche tous, Raphaël et Paul collés à leur nouveau petit frère, mais impossible pour eux de se rendormir, ils sont trop excités !

Ils s’habillent avec leur papa et descendent jouer après quelques caresses et baisers.

 

La journée commence, nous sommes 5. Il s’appelle Gabriel.

 

 

Marie, sa maman.

© 2017 par Aline Gosse I contact 

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